Communiqué de la Fédéation Anarchiste concernant l’antisémitisme

Deux émissions de Radio Libertaire, œuvre de la Fédération Anarchiste, ont
été déprogrammées récemment pour non respect de ses principes de base, leurs
animateurs ayant publié un dessin et un visuel à caractère antisémite. 

Cette décision a été prise après plusieurs tentatives de concertation qui 
n'ont pu aboutir. 
Par bassesse, pour trouver des soutiens, certains essaient de faire
croire que ces émissions ont été déprogrammées du fait qu'elles parlaient
de la Palestine, or il n'en est rien. 

Plus grave, des personnes en viennent à menacer certains mandatés de 
la radio ainsi que des animateurs membres ou non de la 
Fédération Anarchiste jusque dans leurs réseaux professionnels.
 
Nous ne pouvons accepter cela, nous condamnons ces intimidations et ces 
menaces et nous apportons tout notre soutien à Radio Libertaire ainsi 
qu'à ces mandatés, qui ont pris une décision juste et aux animateurs 
qui sont à leurs côtés. 

On ne peut tolérer que par le biais de notre radio une idéologie antisémite 
soit propagée. 


Nous avons toujours combattu l’antisémitisme et cela continuera.


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Etre au clair sur le postmodernisme

Source: des personnes issues de groupes détruits par le postmodernisme.

Le postmodernisme est une idéologie anglo-saxonne (majoritairement issue des universités nord-américaines) qui veut que l’axe de la lutte soit individuel et dirigé contre toute forme de « domination », et qui vise à mettre toutes les luttes au même niveau sans distinctions.

Ce courant de pensée, né dans les années 1970, arrive en France depuis une dizaine d’années et tient à s’emparer des forces en présence, fut-ce violemment, notamment en dressant les domaines de luttes les uns contre les autres (et en les regroupant, une fois morcelés, sous le terme d’intersectionnalité, nous y reviendrons).

Le postmodernisme pousse à la balkanisation des luttes, qu’on en vient à choisir comme si nous étions au supermarché.
La seule lutte structurante (parce que structurant la société entière) est la lutte contre le capitalisme, soit la lutte contre le dit supermarché.
Les autres luttes, plus spécifiques à tel ou tel, sont régulièrement qualifiées de structurelles, souvent à raison.

La différence entre structurant et structurel ?
Ce qui est structurel est inhérent à la structure, s’inscrit dans ses pores, y est agrippé comme une moule à son rocher;
Ce qui est structurant concerne la détermination, l’orientation, les choix politiques initiaux de la structure sociale.

Entendons-nous bien: la différence entre la lutte contre le capitalisme (structurante) et les autres luttes n’est pas hiérarchique.

La première n’est pas prioritaire, les autres ne sont pas secondaires et à traiter quand on aura le temps.
Non: la différence est liée à leur nature.
La lutte contre le capitalisme est la lutte contre ce qui fait tenir la société actuelle, c’est une lutte contre ses fondations, contre sa base, contre son cadre.
C’est une lutte révolutionnaire qui vise non seulement à s’émanciper individuellement mais aussi, collectivement, à proposer un autre projet de société, un autre liant social tel que, par exemple, le fonctionnement de la CNT à base d’AG souveraines, de démocratie directe et de fédéralisme libertaire.

Les luttes autres que celle contre le capitalisme ne sont pas sociales, mais sociétales.
Elles n’en sont pas moins légitimes, mais elles sont différentes:
elles prennent place à l’intérieur de la société et ne cherchent pas à critiquer ce qui sédimente aujourd’hui les rapports de tous les humains entre eux (la production de richesse), et encore moins à proposer autre chose.
C’est bien ce qui nous touche tous qui est commun, qui relève de la justice sociale; le reste est par définition particulier et individuel.
Différence de couleur de peau, différence de sexe, différence d’origine géographique, différence d’âge ou encore différence de capacité motrice,
etc, il y en aurait beaucoup d’autres, mais aucune ne touche intrinsèquement au capitalisme, c’est-à-dire à la production de richesses et à l’utilisation de ces richesses , donc à la société entière.

Ces différences (en lesquelles les postmodernes voient des uniquement dominations) ne ressortent pas de ce qui est commun à tous, mais bien de particularités individuelles.

Ces luttes particulières ne sont pas à minorer: on peut tout-à-fait traiter les deux types de lutte en même temps ou même l’une sans l’autre,
mais elles ne sont pas sur le même plan.
Ces luttes, celle contre le capitalisme et celles, particulières, postmodernes, ne sauraient être mises sur un pied d’équivalence, sauf à vouloir sciemment affaiblir la lutte contre le capitalisme.

Si cette dernière est une lutte comme une autre et que toutes les luttes se valent, plus aucune n’a de valeur; s’il faut choisir sa ou ses luttes, on se retrouve au supermarché cité plus haut, à piocher en rayon ce qui correspond le plus à nos goûts, intérêts personnels ou besoin de reconnaissance sociale.
Or, répétons-nous, la lutte contre le capitalisme est une lutte contre le supermarché même, et pas une lutte à retrouver au rayon des luttes
dans ce supermarché.

Encore une fois, il ne s’agit pas de tenir la lutte contre le capitalisme pour plus importante que les autres: simplement, elles ne sont pas
de même nature, n’ont pas les mêmes buts ni les mêmes référents et n’agissent pas sur le même objet.

Les luttes particulières postmodernes entreprennent de lutter à l’intérieur de, et pas sur, la structure, voire de ne pas lutter contre la structure et même de lutter contre cette lutte sur la structure. C’est bien à cette dernière que nous avons à faire ces temps-ci: oui, bien qu’il s’incarne souvent sous la forme d’une lutte, sociale, populaire, de base, le postmodernisme est contre-révolutionnaire.

Très brièvement, son histoire n’est pas celle du mouvement ouvrier révolutionnaire, tradition dans laquelle s’inscrit par exemple la CNT: le postmodernisme est issu de la philosophie libérale, et pioche dans les Lumières et les Révolutions industrielle et Française.
Le libéralisme tient pour mantra que « ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui ». Dans ce système de pensée chacun s’attache à faire reconnaître ses droits et ses intérêts du moment qu’ils ne nuisent pas à autrui.
Chacun pour soi, donc, mais sans faire le mal. Très généreux voire avancé sur la question des libertés individuelles, il ignore complètement celle de la liberté collective, et plus précisément celle de la construction d’une société commune qui convient à tous.
C’est là où le libéralisme économique rejoint le libéralisme philosophique: chacun fait ce qu’il veut, c’est le « laissez-faire ».
Aucun projet commun à tous, agissons chacun dans son coin pour le bonheur de soi et des « siens ».
La justice sociale passe à la trappe.

Pourtant, les partisans du libéralisme philosophique sont très souvent opposés au libéralisme économique. Ils ne voient pas, que pour l’un comme pour l’autre, il s’agit de renforcer et augmenter les droits individuels et, dans le même temps, nier l’émancipation commune.

Depuis les Lumières jusqu’à aujourd’hui, un des temps forts de la pensée libérale a été ce que les américains ont appelé « French Theory ».
Dans les années 1960-1970, des penseurs français s’amusaient à tout « déconstruire », c’est-à- dire à ne voir partout que des constructions sociales à mettre à bas.
Pour Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Félix Guattari ou encore Michel Foucault, rien n’existait en soi, tout était relatif (cf plus haut, l’exemple du supermarché des luttes); la lutte des classes, l’aliénation, l’exploitation, tout ça était rangé aux oubliettes, et dans le meilleur des cas c’était là une domination comme une autre. Michel Foucault, qui n’a pourtant pas écrit que des imbécillités 🙂 , affirmait, au moins dans ses derniers ouvrages, en substance que seule compte la question des dominations sur l’individu, notamment la domination d’un individu sur un autre (en mettant en avant la thématique du corps, thématique individuelle, ça va de soi).

Laquelle est sans fin, un individu pouvant être tour à tour dominant ou dominé ou tout à la fois dominant et dominé; comme pour la déconstruction, qui précisément rejette la possibilité d’un socle, d’un pacte social, de conventions mises en place pour vivre ensemble, cette absence de fin amène l’idée qu’il n’y a rien de fixe sur quoi s’appuyer pour se projeter en avant, ni de limites dont nous avons pourtant besoin pour nous organiser.

La question des limites est cruciale.
Délimiter un espace, par exemple, sert à pouvoir définir comment nous agissons à l’intérieur; nous pouvons tout-à-fait mettre de côté la dichotomie inclusion/exclusion qui, navrant poncif, revient à chaque fois qu’il est question de limites.
L’important n’est pas de savoir qui rentre et qui sort, mais comment nous construisons notre société à l’intérieur.

Pour être clair: non, il ne s’agit pas de faire l’apologie des
frontières
.
Comme exemple, on prendra le squat. Qui rentre, qui sort ? On s’en fout, non ? Ce qui est intéressant ici c’est la manière dont les activités sont organisées dedans (et à la place du squat on pourrait tout-à-fait parler d’un certain 33, rue des Vignoles).

Parce que sans début ni fin, il n’y a pas moyen de donner un cadre à notre action, et nous restons le jouet des forces en présence.
Sans espace physique où nous pouvons exercer notre autonomie sociale, règne la loi du plus fort et le darwinisme social.
Les limites permettent en effet de poser la base de notre structuration, et de notre auto-organisation découlent émancipation et liberté, autant
individuelles que collectives.

Le libéralisme voudrait au contraire nous faire croire qu’il n’y a pas de limite qui tienne, et que c’est une bonne chose.

Le postmodernisme, via le transhumanisme, la GPA ou la thérapie génique, amène l’idée que tout est dépassable: tout, y compris l’homme dans
ses tréfonds biologiques et génétiques.
Au corps de s’adapter aux desiderata, quels qu’ils soient.
À la technoscience de résoudre tous les problèmes.
À chacun de souhaiter ce qu’il veut, sans se soucier du reste,
de la société, c’est-à-dire des autres.
Tout dans l’individualisme.
Tout sauf la question de la structure sociale que nous voulons.
Bref.

Ces idées-là ont eu et ont toujours du succès aux États-Unis, où, est-ce un hasard ?, un libéral est quelqu’un de gauche, progressiste.

À la faveur du déploiement à marche forcée de la technologie numérique tout autour du globe, c’est-à-dire l’imposition impérialiste d’internet
et de la connexion permanente (donc de l’idée qu’on n’agit pas contre la structure mais dans la structure, « l’informatique, faut faire avec,
c’est comme ça, on n’y peu rien, mais par contre pas touche à nos libertés individuelles ») elles arrivent partout dans le monde, notamment
via des discours universitaires très sérieux (cultural studies, gender studies, subaltern studies, whiteness studies, etc) et prennent plus ou moins violemment la place des luttes sociales révolutionnaires installées depuis pas mal de décennies.

Le soft power n’est pas toujours si doux que ça.
Les postmodernes sont plus proches des libertariens que des libertaires.
Et pourtant, l’illusion est tenace dans le milieu révolutionnaire, où quelqu’un qui revendique et qui s’oppose est forcément perçu comme légitime, sans que nous nous demandions ce qu’il propose. Parce que si nous le lui demandions, le désaccord pourrait être flagrant, et l’éventuelle stratégie d’alliance de courte durée.

Ceci dit, pour expliquer cette illusion, on notera que même à l’intérieur des luttes postmodernes il y a une tendance à fonctionner en groupe, à plusieurs, de manière anti-autoritaire, mais seulement à partir du moment où les participants au groupe sont identiques (du moins sur un critère particulier).
Ça donne donc des dérives identitaires anti-égalitaires telles que le communautarisme et la non-mixité, dangereuses lorsqu’elles ont des
visées de structuration de la société, se revendiquant parfois libertaires, à cause de leur seul fonctionnement interne.

Dangereuses car fondamentalement contraires à la recherche du dénominateur commun à tous, indispensable pour vivre en société, quels que nous
soyons.
Faire société sans partager quelque chose de commun quelles que soient (et au-delà de) nos particularités individuelles, c’est du lobbying: ne pas chercher à transformer la société mais faire pression en elle pour tirer la couverture à soi et aux « siens ».

On citera par exemple les partisans de la dénommée racialisation ou ceux qui défendent la prostitution (« un travail comme un autre »), l’identification de soi à l’imaginaire de la culture de masse tel qu’aux héros stéréotypés des séries télé, par exemple, l’indifférenciation sexuée (considérer qu’être femme ou homme, c’est uniquement un choix personnel), le recours aux statistiques notamment ethniques pour dénombrer ceux mis de côté afin d’établir un entre-soi
suffisamment puissant pour faire pression à l’intérieur du capitalisme, ou encore le mouvement queer (revendications identitaires suivant l’orientation sexuelle), etc.
Ce n’est pas parce qu’on est dominé qu’on a raison.
Ce n’est pas une quelconque condition d’opprimé qui légitime la politique de ces opprimés.

Prendre des coups injustement ne veut pas dire que la réponse qu’on y apporte est juste. En ce sens, retourner l’opprobre, ça a ses limites !
Être fier de l’insulte qui nous est faite peut être un instrument de lutte, mais il n’en découlera jamais des propositions politiques communes à tous, sauf dans le cas de la production de richesses.

En effet, d’une part, si nous nous revendiquons de la classe ouvrière et utilisons l’expression « lutte de classe », c’est expressément en vue
de l’abolition des classes, de la division en classes.

Aucun révolutionnaire ne souhaite vivre perpétuellement dans l’entre-soi de sa classe sociale.
D’autre part, parce qu’il s’agit de redéfinir et réorganiser totalement la production des éléments matériels (biens et services) permettant à la vie sociale d’exister.
Nous sommes doublement escroqués: non seulement nos efforts servent à gonfler des poches qui ne sont pas les nôtres, mais nous sommes aussi
empêchés de toute implication politique directe et concrète.
Bref: la classe sociale est une catégorie socio-économique dont il s’agit de s’affranchir en l’annihilant.

C’est un projet politique commun, transversal, qui touche tout le monde,
tout en l’organisant concrètement, le monde
.

En outre, utiliser des concepts comme celui de « dominé » est rester tributaire de la pensée de l’ennemi pour définir la nôtre.
Si nous savons ce que nous voulons et vers où nous allons, nous n’en n’avons pas besoin.
Pour mettre en pratique notre détermination, peu nous importent les critères de l’ordre établi.
L’initiative doit être nôtre de A à Z.
Affirmer le contraire du discours dominant, pour simplement s’y opposer, le légitime.
Nous le contestons totalement: nous ne nous contentons pas de réagir après lui, nous lui grillons la priorité en proposant totalement autre
chose et sans attendre ses positions. Nous ne réagissons pas, nous agissons.
Plutôt: nous ne nous contentons pas de réagir aux aberrations de ce monde, nous en construisons un autre.
Sur nos bases.
Si notre autonomie abdique, l’ordre établi triomphe.

Défendre sans discernement des exclus, des dominés, pousse à quelques distorsions morales (moralistes), donc sociales et politiques.
La prostitution en est un exemple.
Si la personne qui se prostitue est bien au bas de l’échelle sociale, on va la défendre, en ne prenant en compte que sa posture de dominé,
sans regarder ni a fortiori juger des implications de cette activité dominée sur l’ensemble de la société. Ce qui est problématique, quand on
souhaite et participe à la construction d’une société émancipatrice et débarrassée de l’exploitation capitaliste.

Parce que c’est bien le sens commun à tous qui doit être privilégié, pas des postures ou intérêts individuels.

La prostitution doit être ainsi jugée pour elle-même, et pas uniquement pour défendre les intérêts de celles et ceux qui s’y livrent.
Elle est, à ce titre, manifestement contraire aux visées de la CNT, à moins que… il soit démontré que l’émancipation du genre humain dépend
d’elle.
Ce qui relève de l’absurde.
Le combat féministe contre la domination masculine fait l’unanimité ?
Comment peut-on ne pas voir dans la prostitution le paroxysme de cette domination masculine ?
Les clients des prostituées ne sont-ils pas ultra-majoritairement des hommes ?
Et on ne devrait pas s’interroger là-dessus ?
Au contraire on devrait en faire un commerce légal, à inscrire dans la logique ordinaire des rapports sociaux capitalistes ?
Afin que le sexisme continue sa route ?

La rengaine postmoderne actuelle voudrait, elle, défendre la prostitution d’un point de vue… féministe.
On ne voit pas trop comment la prostitution pourrait l’être, en fait. Ce n’est hélas pas le seul renversement idéologique promu par ce
gloubiboulga libéral.

Par exemple, l’adjectif « moralisateur », souvent appliqué aux abolitionnistes par les défenseurs de la prostitution, devrait en fait
s’appliquer à eux-mêmes. En effet: qui, si ce n’est les partisans de la prostitution, joue avec les frontières de la morale ?
Qui cherche à faire rentrer dans nos modes de vie une pratique payante qui jusque-là y échappe ?
Qui cherche à faire d’une prestation de service anonyme de type contractuel un élément ordinaire des relations humaines ?
Qui cherche à modifier la morale ? Pas les abolitionnistes.

Pas à une contradiction près, les postmodernes savent aussi être francs du collier:

« D’un point de vue queer, cette demande de reconnaissance
vaut toutefois pour légitimation des institutions étatiques ; elle
a donc pour condition l’abandon d’un projet de transformation
sociale radicale.
Pour Queer Nation, cette assimilation ne peut d’ailleurs être
comprise que comme une négociation pour la reconnaissance sociale
des gays et lesbiennes les plus privilégiés. »

Pour seul commentaire, on spécifiera que cette citation est extraite de l’Encyclopédie critique du genre, publiée chez La Découverte, qui expose, dans ce cas précis benoîtement, nombre de thématiques postmodernes.

Dans ces luttes postmodernes font florès des notions comme « l’empowerment », le « community managing » ou encore la fameuse intersectionnalité.
Dans l’ordre: gagner de la puissance d’agir, gérer sa communauté, et… cumuler les particularités individuelles sujettes à « dominations », et ainsi être la pire des victimes, celle qui additionne les particularités visibles sujettes à discriminations, à l’exact opposé d’un dénominateur commun à tous.

Ça sent bon la fumisterie New-age et le discours que les universitaires posent sur ceux situés plus bas qu’eux dans l’échelle sociale… pour les aider à grimper des échelons, pas pour les abolir.
Intention charitable.

Jusque-là, le sujet révolutionnaire, celui qui fait la révolution, c’était le travailleur, le producteur, qui cherchait à abolir le système d’exploitation dont il faisait les frais, qui plus est en proposant un autre système social; il est en passe d’être remplacé par la victime de dominations, celle que le système se contente d’opprimer injustement.
L’approche est très misérabiliste, miséricordieuse, condescendante.
Une main sur le cœur, on tend l’autre pour aider les plus dominés à se relever, à obtenir respect et reconnaissance, et à rentrer dans le rang, sans nous préoccuper le moins du monde de ce qui est commun entre eux et nous, ni a fortiori comment ensemble nous pouvons élaborer une autre
société
.
Le sentiment inné d’égalité humaine semble s’effacer sous le poids de considérations trop actuelles: en face de nous n’est pas un être humain digne, autonome, mature, responsable, avec qui construire, mais une victime à aider.
Ce type de relation est asymétrique, et porte en elle l’inégalité sociale.

Il est à noter que le postmodernisme n’est pas forcément une doctrine unie emmenée par un ou des penseurs de manière globale;
le postmodernisme vise à la fragmentation des luttes pour légitimer le consensus capitaliste, pas à regrouper ou orienter ces luttes sous une bannière particulière.

Il peut y avoir de fait énormément d’oppositions, de contradictions et d’inimitiés d’une lutte postmoderne à l’autre.

Certaines luttes particulières peuvent se vouer une haine totale: diviser pour mieux régner. L’ordre établi triomphe !

Le postmodernisme peut se vivre à hauteur de son propre pré carré, chacun sa lutte, chacun chez soi, mais aussi de temps en temps de manière plus générale, doctrinaire, on trouve par exemple un post-anarchisme.

La stratégie lobbyiste s’affranchit de la souveraineté des AG, des délibérations collectives, du respect des ODJ élaborés ensemble ? du fonctionnement des instances dont la confédération s’équipe démocratiquement ? Autant de coups d’épée dans l’eau.

Ça ne signifie pas qu’on peut prendre le postmodernisme à la légère: non, il faut le combattre, ne serait-ce qu’en réaffirmant son rôlecontre-révolutionnaire et libéral.

Etre au clair sur l’antisémitisme

Source:

La lutte contre l’antisémitisme bute sur un paradoxe : l’antisémitisme est omniprésent mais les antisémites revendiqués sont marginaux.

On observe un phénomène analogue à propos d’autres oppressions systémiques quand de fortes mobilisations ont fini par marquer du sceau de l’infamie des idéologies criminelles. La résolution de ce paradoxe est pourtant immédiate : quand quelqu’un assure n’être pas antisémite il n’y a tout simplement aucun crédit à accorder a priori à cette déclaration.

Ce texte s’adresse à tou-te-s celleux qui se réclament d’une manière ou d’une autre de la lutte contre le racisme. Plutôt que de recenser en vain les qualités qui garantiraient un-e bon-ne allié-e certifié-e pas antisémite, on a listé ici sans exhaustivité des tendances (parfois très) problématiques observées dans nos milieux et qui sont incompatibles avec un engagement clair contre l’antisémitisme.

Dans l’antiracisme autonome ou la gauche radicale

1. Si tu n’abordes jamais la question de l’antisémitisme sauf pour dénoncer le chantage à l’antisémitisme, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

2. Si dans ton esprit, la catégorie des racisé-e-s n’inclut pas les Jui-f-ve-s ou si tu prétends que les Jui-f-ve-s ne sont pas racisé-e-s, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

3. Si tu instrumentalises la lutte contre l’antisémitisme en suggérant que tel ou tel acte ou propos raciste aurait davantage fait réagir s’il avait visé des Jui-f-ve-s, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

4. Si tu dénonces un soi-disant philosémitisme d’Etat, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

5. Si tu considères que le simple fait qu’une accusation d’antisémitisme soit portée par des réactionnaires ou des racistes suffit à la disqualifier, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

6. Si tu ne peux pas traiter de la question de l’antisémitisme sans t’empresser de changer de sujet en abordant d’autres formes de racisme, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

7. Si tu prétends que les Jui-f-ve-s contrôlent la finance, la politique, les médias ou carrément le monde ou que tu diffuses des théories du complot de toutes sortes, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

8. Si tu ergotes sur la pertinence du terme d’antisémitisme au motif que le Judaïsme est une religion, pas une race ou que tous les sémites ne sont pas Jui-f-ve-s , tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

9. Si tu prétends que les Jui-f-ve-s sont la cible de violences mais pas de discriminations, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

10. Si tu minimises l’antisémitisme à gauche en y voyant la simple expression d’un anticapitalisme des imbéciles, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

11. Si non-Jui-f-ve, plutôt que de te remettre en question face à des accusations d’antisémitisme émanant de camarades Jui-f-ve-s, tu as le réflexe de rejeter ces accusations, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

12. Si tu décris la circoncision comme une pratique barbare, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

13. Si tu milites contre l’abattage rituel, y compris sous couvert de véganisme militant, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

14. Si tu te plains qu’on parle trop de la Shoah ou que tu dénonces la pornographie mémorielle, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

15. Si tu dénonces le communautarisme, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

16. Si tu prétends que la France de Vichy a sauvé des Jui-f-ve-s ou que tu fais la promotion de thèses négationnistes, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

17. Si ta lutte antiraciste prend en compte tous les avatars du racisme à l’exception de l’antisémitisme, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

18. Si tu emploies le name-dropping de personnalités juives honnies comme levier de mobilisation, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

19. Si tu prétends que les Jui-f-ve-s n’ont pas été soumis partout où iels ont vécu-e-s, à un statut d’infériorité assorti de persécutions, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

20. Si au nom d’une conception dévoyée de la laïcité, tu t’opposes au port de signes religieux ostentatoires à l’Ecole ou même dans l’espace public, que tu dénonces les menus de substitution dans les cantines scolaires ou les absences liées aux fêtes religieuses, tu n’es au clair ni sur l’antisémitisme ni sur l’islamophobie.

21. Si tu as manifesté pour la séparation du CRIF et de l’Etat, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

22. Si tu suspectes de double allégeance des politicien-ne-s français-e-s au motif qu’iels sont Jui-f-ves ou marié-es à un-e Jui-f-ve, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

23. Si tu déplores la loi réprimant la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

24. Si tu appelles censure la mobilisation ayant permis la suspension de la réédition des pamphlets antisémites de Céline par Gallimard (qui souligne ne pas y renoncer), tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

25. Si tu présentes Israël comme le principal obstacle à la paix dans le monde, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

Au quotidien

26. Si tu emploies des expressions comme en Juif pour dire tout seul ou fais pas ton Juif pour reprocher à quelqu’un son avarice, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

27. Si non-Jui-f-ve-s, tu pratiques l’humour oppressif à l’encontre des Jui-f-ve-s, peu importe que tu invoques Desproges à tort et à travers,
tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

28. Si un-e bourgeois-e Jui-f-ve est plus odieus-e à tes yeux qu’un-e bourgeois-e blanc-he, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

29. Si un-e prolétaire Jui-f-ve est un peu suspect-e à tes yeux, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

30. Si en voyant un enfant portant une kippa, tu sens monter en toi le prélude de [ta] ruine intérieure, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

31. Si tu crois qu’il existe un privilège juif, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

32. Si tu reproches aux Jui-f-ve-s de pratiquer l’entraide, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

33. Si tu t’entêtes à ne voir qu’un crime crapuleux dans l’assassinat d’Ilan Halimi ou de Mireille Knoll, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

En prétendant lutter contre l’antisémitisme

34. Si tu as signé le manifeste contre le nouvel antisémitisme (voir aussi https://lundi.am/Les-blindes-les-eveques-et-la-ZAD) ou que tu détournes la lutte contre l’antisémitisme au profit d’un combat islamophobe, dédouanant au passage le suprémacisme blanc de ses responsabilités, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

35. Si tu instrumentalises la Shoah ou l’antisémitisme pour justifier la persécution des Palestinien-ne-s ou disqualifier leurs revendications légitimes, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

36. Si tu ériges les Jui-f-ve-s en minorité modèle, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

En soutien aux luttes Palestiniennes

37. Si tu dénonces plus volontiers le sionisme que la colonisation ou l’occupation, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

38. Si tu crois normal d’exiger des Juif-ve-s de France qu’iels se *désolidarisent* d’Israël, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

39. Si des débordements antisémites ne sauraient ternir à tes yeux le succès d’une large mobilisation en soutien au peuple Palestinien, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

40. Si confronté à l’antisémitisme dans ton mouvement, tu te réfugies derrière une caution juive, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

41. Si tu emploies le terme sioniste comme une insulte, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

42. Si tu qualifies de génocide les massacres et le nettoyage ethnique perpétrés par Israel à l’encontre des Palestinien-ne-s pour suggérer que les victimes d’un génocide seraient devenues les perpétrateurs d’un autre, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

43. Si tu promeus une solution au conflit Israélo-Palestinien exigeant l’exil massif des Israélien-ne-s Jui-f-ve-s, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

44. Si non-Jui-f-ve, tu invoques des préceptes de théologie juive pour défendre ton antisionisme ou ton sionisme, tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme.

45. Enfin, si tu n’es pas au clair sur l’antisémitisme et que tu instrumentalises les souffrances des Palestinen-ne-s au service de ta haine des Jui-f-ve-s, tu n’es pas non plus au clair avec les luttes Palestiniennes.

Antisémitisme : marcher ne suffira pas !

mireille_knoll

Source:

Si nous étions présentes et présents à plusieurs rassemblements en France en hommage à Mireille Knoll, tuée à l’âge de 85 ans parce que vue comme juive, nous savons en tant que militantes et militants anarchistes qu’une marche ne suffira pas.

L’antisémitisme tue toujours en France. 11 assassinats en 12 ans de personnes car juives, l’idéologie antisémite est toujours présente dans la société française, minimisée et liée à des fantasmes et préjugés.

Qu’elle soit le fait d’une extrême-droite nationaliste fascisante, des extrêmes-droites religieuses (la LDJ couvrant le FHaine durant la marche parisienne) ou pseudo-progressistes, elle empoisonne nos vies au quotidien.

Il n’y a aucune excuse possible face à cette haine larvée qui se révèle dans des actes violents et mortels.

Il ne peut pas suffire de crier sa colère pour que les choses aillent mieux. Ni le repli communautaire, ni l’indifférence des soit-disant « non-concernés » ne feront avancer les choses.

C’est toutes et tous ensemble que nous devons combattre politiquement et pied à pied l’antisémitisme !.

Aucun recul, aucun relativisme !

 

Communiqué de la fédération anarchiste.

 

Communiqué FA: Non aux bombardements turcs sur le canton d’Afrîn!

Depuis plus d’une semaine, l’armée turque ainsi que son aviation pilonnent le canton
d’Afrîn géré par les Kurdes, de la Fédération démocratique de Syrie du Nord faisant
partie du Rojava.

Après avoir promis de raser cette région, Erdogan n’hésite pas à employer des mercenaires et s’appuyer sur des groupes considérés comme terroristes par la
coalition internationale tel que «Hayat Ahrar al-Sharm» pour arriver à ses fins alors
qu’Afrîn est une zone de refuge qui a accueilli près de 400 000 personnes fuyant la guerre civile en Syrie.

Nous dénonçons et condamnons ces attaques turques contre les peuples
d’Afrîn, nous condamnons aussi le silence assourdissant des «grandes puissances» ainsi que la collaboration de l’Etat allemand fournisseur d’armes de la Turquie.
La Fédération Anarchiste apporte tout son soutien aux peuples d’Afrîn et à toutes celles et ceux qui résistent à l’oppression étatique en Turquie, au Kurdistan et ailleurs.

Que vive Afrîn, vive le Rojava!

https://www.federation-anarchiste.org/
ifa(A)federation-anarchiste.org

http://etincelle-noire.blogspot.co.il/2018/01/communique-non-aux-bombardements-turcs.html

Face à l’antisémitisme, solidarité et action

Après l’incendie de l’Hypercacher de Créteil, 3 ans jour pour jour  après l’attentat de l’Hypercacher de la porte de Vincennes, avec toute la symbolique haineuse que cela porte, l’agression d’un enfant de 8 ans portant une kippa à Sarcelles et d’une jeune femme portant l’uniforme d’une école privée juive s’ajoutent à une continuité d’actes antisémites intolérables et toujours aussi virulent commis en France depuis bon nombre d’années.

Si nous combattons les pouvoirs oppresseurs des religions, nous ne laisserons pas passer des actes basés sur le racisme ou l’antisémitisme, sur la haine d’une appartenance religieuse réelle ou supposée.

Il ne s’agit pas simplement de relent du passé, car nous savons que l’antisémitisme n’a jamais totalement disparu et se décomplexe de plus en plus ces dernières années.

Il est attisé par les discours identitaires, fondamentalistes, intégristes, nationalistes,conspirationnistes, confusionnistes qui prolifèrent au grand bonheur des extrêmes droites.

Nous luttons et lutterons encore contre tout mouvement ou parti qui aurait l’envie de se servir de ces faits pour monter les supposées «communautés» les unes contre les autres ou stigmatiser qui que ce soit d’autre que les agresseurs. L’antiracisme en tant que composante des idéaux émancipateurs récuse tout essentialisme.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces actes intolérables. Nous
serons de tous les combats contre les haines.


01/02/2018
La Fédération Anarchiste